Être parent aujourd'hui

Parentalité et accompagnement

En réponse à l'éditoriale du 07/02/2018 du journal, Libération, " Éducation bienveillante ", Le mythe du parent parfait

Être parent demande un effort, un investissement, qui n'est pas toujours évident à vivre. Être parent implique un véritable positionnement de soi-même vis-à-vis de soi, de son enfant ou de ses enfants et des autres qui sont notamment la compagne ou le compagnon, la famille, les amis, la société. Être parent aujourd'hui n'a plus rien à voir avec le rôle qui était assumé par nos parents et grand-parents, quelques années auparavant. Nous avons changé de société, les mentalités ont évolué, les recherches sur les neurosciences affectives ont progressé. Nous nous trouvons dans une société connectée, sous pression, sous tension, en accélération.. J'évoque ce que je connais personnellement, de par ma propre expérience personnelle et professionnelle, de par mes rencontres et de par mes recherches personnelles sur le sujet. 

Bien évidemment, la parentalité est un sujet vaste, et l'accompagnement de l'enfant sera aussi différent en fonction des cultures et des mentalités des pays du monde. Il est évident qu'il n'y a pas de recette miracle, d'outil parfait et de solution toute faite à appliquer. L'accompagnement peut se mener de différentes manières, et ce dans le respect de la culture et de l'histoire familiales, tant est qu'elles soient toujours dans une visée du respect de l'autre et de son intégrité. Il ne s'agit pas de suivre non plus un courant qui devrait devenir une norme, mais de tout simplement se poser et considérer notre accompagnement à l'enfant d'un autre œil. La recherche sur les neurosciences affectives ne tombe pas d'un chapeau magique, comme pour "amadouer" des parents "perdus et dépassés". Cette recherche est réelle et elle pose les fondements d’une connaissance et d’un savoir sur le développement de notre cerveau. Ce n’est pas rien de comprendre que ce dernier arrive à maturité seulement à 25 ans ! C'est un détail qui en dit long ! Alors pourquoi le renier, le mettre aux oubliettes, ou le dénigrer ? C’est un fait, et cela, quelles que soient nos origines, quel que soit le pays où nous habitons ou d’où nous venons. Évidemment, le savoir, c’est bien, le mettre en pratique, est une toute autre chose. Il y a des familles qui ont besoin d'une aide, et cette aide ne concerne pas seulement l'enfant, mais aussi les parents. Car pour pouvoir éduquer l'enfant, l'accompagner et le guider dans sa vie, il est à mon sens aussi nécessaire de se regarder de l'intérieur, et voir ce que provoquent en nous leurs tempêtes émotionnelles. Il est évident, et c’est une réalité, que la plupart des adultes n'ont pas été éduqués sur le savoir-être, c'est-à-dire savoir écouter leurs propres émotions, les accueillir et les évacuer. L'identité d'une personne ne relève pas de ses émotions, même si ces dernières participent à sa construction. Par exemple, je ne m’appelle pas tristesse, non, je m’appelle Viviane, et mon identité s’est construite depuis le désir de mes parents jusqu’à maintenant, avec en parallèle (il ne faut pas l'oublier) le bagage d'une mémoire transgénérationnelle. Donc de principe, savoir accompagner son enfant, c'est aussi savoir faire un travail sur soi-même, par la voie que la personne aura choisie, et lorsque c'est vraiment nécessaire. Il n'est pas rare de rencontrer des parents confrontés à leurs propres angoisses, blocages, souffrances, qui sont parfois décuplés avec l’arrivée de l'enfant. Et c'est finalement assez courant. Il n’ y a pas de mal à le reconnaître, bien au contraire. Cela permet d'être au moins honnête avec soi-même. Il existe aussi des parents qui sont enfermés dans leur vision du monde, dans un schéma qui va les rassurer, qui va leur permettre de ne jamais sortir de leur "zone de confort", et d'appliquer à la règle ce qu’ils ont vécu et ce que leurs parents et grand-parents leur ont transmis. Il y a plusieurs cas de figures, en fonction des histoires et du cheminement de chacun. Ce n’est pas si simple. Bien sûr qu'il devrait y avoir débats, échanges et conférences sur la parentalité, et ce avec tout le monde, les parents, enfants, adolescents, chercheurs, journalistes, politiques, pédiatres, thérapeutes, etc. Cela devrait devenir un véritable sujet de société à débattre de manière constructive, et non pas de manière désinvolte. On se trouve aujourd’hui dans le cas de mise en opposition du groupe des familles avec l'éducation dite « classique », et du groupe des familles avec l'éducation dite « bienveillante ». Par conséquent, selon moi, on est encore dans un esprit manichéen. Décidément, on n'en sort pas ! Les gentils/les méchants, les pour/les contre, les bien/les pas bien … N'est-il pas possible d'avoir un peu plus d’esprit critique et de se poser des questions avec davantage de discernement ? Cela, c’est encore une image que veulent nous donner certains médias, et certains groupes idéologiques, et quel que soit le positionnement d’ailleurs.

Pour en revenir à ces propositions d’éducation de l’enfant dans une idée de respect de son intégrité, de respect de sa personne, il n'est pas besoin d’aller chercher aussi loin que les États-Unis !! Il suffit de lire les ouvrages de Françoise Dolto, l'une des plus grandes précurseurs de la cause des enfants, qui a été vue par ailleurs comme « folle » à l’époque où elle a tout simplement décidé de parler aux bébés ! Ma foi, j’ai le sentiment qu’on l'oublie un peu trop souvent, et pourtant, elle a révélé en moi beaucoup de choses, en tant que mère, qui me faisaient écho ! Pourquoi ne parle t-on pas non plus de Frédérick Leboyer, ancien interne des Hôpitaux de Paris et chef de clinique à la faculté de médecine, qui a mis au monde plus de 10 000 enfants, et qui a écrit ce livre magique, Pour une naissance sans violence . Cet homme avait compris tout l'intérêt d’accueillir et d’accompagner le nouveau-né dans un respect profond et amour inconditionnel ! Il a été vu par ses pairs comme un "dingue" également, alors qu’il était dans le vrai. Bien sûr, les recherches sur les neurosciences ont beaucoup été menées aux États-Unis, mais pas seulement, en Australie également, et dans d’autres pays d’Europe, mais on n’en parle pas ! Il n'y a d'ailleurs pas de recherche en France sur ce sujet ! C'est tout dire de notre implication en la matière ! Heureusement que Catherine Gueguen, pédiatre et auteure, s’est posée sur ce sujet, a fait ses recherches, et a pu nous décrire ce qui se passait réellement dans le cerveau de l'enfant. Oui, c'est vrai, il y a le courant de la CNV (Communication Non Violente) de Marshall. B. Rosenberg, et il vient des États-Unis, et alors ? Ses textes, ses ouvrages, son expérience ont porté leurs fruits, non ? Alors pourquoi ne pas s'en inspirer finalement ? Pourquoi n'évoque t-on pas également Maria Montessori, certes qu’on rattache beaucoup à l’école, mais qui avait très bien compris l'enfant et comment être au plus près de lui dans son plus grand respect ? Et je peux encore citer d'autres personnes qui ont cru et croient en l'humanité et en sa capacité de se transformer ! Je crois sincèrement qu'il est temps d'arrêter de mettre des étiquettes sur tout et n’importe quoi, juste parce que cela va faire le "buzz", ou bien parce que cela conforte certaines personnes de se trouver dans un état d'esprit manichéen. Personnellement, en tant que maman et professionnelle, j’ai dépassé cela, car je me suis rendue compte que cela ne faisait absolument pas avancer les choses, mais bien au contraire, cela les faisait stagner. On reste dans un état de « consensus », ou dans une illusion que « c'est moi qui ai raison » et c'est tout ! Donc autant dire, un dialogue de sourds...

Comme je le disais précédemment, je suis moi-même maman et de par mes expériences, et ce que j'ai appris, j'ai saisi tout ce qui pouvait m’aider dans l'éducation de mon enfant. Je me suis personnellement prise en charge et fait un travail sur moi. J'ai fait mes recherches, et j'ai appliqué certains conseils. J'ai fait en fonction de mon histoire, de l'histoire du papa et de celle de ma fille ainsi que du contexte dans lequel nous sommes. Ma manière de faire est proprement personnelle. J'invite les familles à trouver leurs propres outils et de les adapter en fonction de leur histoire et de leur contexte. J'insiste beaucoup là-dessus, car c'est une des clefs à prendre en compte. Je ne suis pas parfaite, j'ai fait et je fais encore des erreurs. Mais je ne me laisse pas emportée par des acquis ou bien par mes émotions. Si je vois une situation défavorable qui perdure dans ma famille, je prends du recul, me recentre, et tente d'analyser la situation. Ensuite, je modifie mon comportement et vois ce que cela donne sur mon enfant. Il est certain que des prises de conscience doivent être faites avant de pouvoir agir de la sorte, d'où, et j'insiste, ce travail sur soi qui est nécessaire à chacun. Je crois sincèrement que les parents possèdent en eux les capacités d'accompagner leurs enfants dans leur plus grand respect (sauf cas extrêmes), et qu'ils ont besoin de retrouver leur confiance. Je détourne les termes de l’édito de Libération sur la confiance des parents : « laissons donc les parents se faire confiance. » Oui, mais dans quelle condition, dans quel état d'esprit, avec quelle mentalité et idéologie ? C'est à mon avis dangereux de publier ce genre de propos. Comme je l'indiquais plus haut, nous avons tous une histoire propre, une psychologie unique, et je crois que certains parents peuvent lire cela comme « Faites-vous confiance, vos méthodes sont les bonnes, même si elles impliquent des maltraitances et violences ! ». Là, à ce sujet, ce n’est pas tant la confiance à avoir en tant que parent qu’il faut poser, mais la confiance en soi. Oui, est-ce que de prime abord, le parent en tant qu’individu se fait confiance, sans forcément évoquer l’enfant ? La question se pose, lorsqu'on voit dans quelle société nous sommes aujourd'hui !

L'argument de la culpabilité ne marche pas non plus ! L'éducation bienveillante culpabiliserait les parents… Bien avant qu'il y ait l’éducation bienveillante, si on souhaite reprendre ces termes, les parents culpabilisaient déjà, et c'est pas nouveau ! L'idéal du parent parfait est ancré dans les esprits. Alors oui, certaines familles peuvent se sentir mal, parce qu’elles n’ont pas suivi toutes les "recommandations" de l’éducation bienveillante… Qu'elles se détendent, et qu'elles se demandent d'abord pourquoi elles éprouvent une si profonde culpabilité envers elles-mêmes, et ensuite, ce qu’elles peuvent apporter ou modifier dans leur comportement vis-à-vis d'elles-mêmes et de leurs enfants. Elles ne seront pas "parfaites" quoi qu'il arrive, que cela soit en suivant l'éducation classique ou l'éducation bienveillante. Je schématise le propos comme le fait Libération, car le mien va bien entendu au-delà de tout ça. Personnellement, je félicite toutes ces familles qui tentent et essaient d'accompagner, de guider, d'aider, d'éduquer leurs enfants avec respect et amour inconditionnel. Je les félicite, car c'est un exercice difficile et éprouvant. Elles peuvent très bien ne pas être en accord avec l'éducation dite "classique" comme avec l'éducation dite "bienveillante". Je les invite plutôt à former leur propre esprit critique en lisant sur le net des articles, des revues, des livres, en regardant des documentaires, des films, en échangeant avec d'autres familles via le réseau amical, voire leur propre famille, ou encore via des structures comme les centres sociaux, les associations, avec des professionnels de la petite enfance, en ayant une communication claire et construite avec la compagne ou le compagnon (lorsqu'il y en a un), de faire un travail sur soi, et s'il y a vraiment besoin, de suivre un cycle d’ateliers de parents. 

Pour terminer, l'accompagnement et l'éducation de l’enfant englobent plusieurs notions essentielles à son développement :

  • l'amour inconditionnelle – l'enfant sent qu'il est aimé pour ce qu'il est, même en colère, même dans ses crises, et non pas pour ce qu'il devrait être
  • le respect – respecter son enfant comme on aimerait être respecté soi-même
  • la prise de conscience qu'il est une personne (attention pas un « mini adulte ») – il est un être à part entière, avec sa conscience, ses désirs et ses besoins
  • la construction d'une intelligence émotionnelle  - l’enfant apprend ce qu’est le savoir-être, c’est à dire à accueillir ses émotions, à les nommer, puis à les évacuer
  • l'acquisition d’une sécurité affective – l’enfant a besoin d’avoir des limites, et donc un cadre. Attention de ne pas donner un cadre trop restrictif ou au contraire trop libre ! L’enfant a besoin de vivre sa liberté, tout en apprenant à respecter les règles de vie de la famille, et sans se mettre en danger non plus.

 

Viviane

 

Vous pouvez retrouver ma conférence sur la parentalité, tenue à la mairie du 19ème arrondissement de Paris, en Juin 2017 :

Conférence "Être parents de jeunes enfants (0-6 ans)", par Viviane Sibout

 

Quelques éléments bibliographiques : 

  • Au cœur des émotions de l'enfant, Isabelle Filliozat
  • Entre parent et enfant, Dr Haim G. Ginott, édition l'Atelier des parents
  • Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen, édition Pocket
  • Vivre heureux avec son enfant, Catherine Gueguen, édition Pocket
  • L'âge des premiers pas, T.Berry Brazelton, éditions Petite bibliothèque Payot
  • La cause des enfants, Françoise Dolto
  • Les incroyables aventures des bébés, Laurence Rameau, éditions Philippe Duval
  • Comprendre les émotions de nos enfants, Robert Zuili, édition Mango
  • L'agressivité chez l'enfant de 0 à 5 ans, Sylvie Bourcier, éditions CHU Sainte Justine
  • Petite enfance et neurosciences, Christine Schul – Josette Serres, édition Chronique Sociale
  • La fessée (questions sur la violence éducative), Olivier Maurel, préface d' Alice Miller, Édition La Plage
  • C'est pour ton bien, Alice Miller, édition Champs essais
  • Les psy-trucs pour les enfants de 0 à 6 ans, Suzanne Vallières
  • Pour une naissance sans violence, Frédérick Leboyer, éditions Points
  • Elever nos enfants avec bienveillance, Marshall. B. Rosenberg
  • L'enfant, Maria Montessori, éditions Desclée de Brouwer

Sur les neuro sciences

(avec Catherine Gueguen)

Le site de Papa Positive est un très bon site sur la parentalité et l'éducation bienveillante

Différence entre éducation bienveillante et laxisme

Sur le merci

Sur la figure d'attachement

Sur le sommeil des bébés

 

Commentaires

Article très intéressant et clair. Merci ☺

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question permet de tester si vous êtes un visiteur humain et d'empêcher les soumissions automatiques de spam.